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Description de l’éditeur

Si « Cool soleil »a été refusé par des éditeurs en 2016, ce n'est pas faute de qualités littéraires ni d'originalité mais plutôt, de leur propre aveu, à cause d'une certaine censure que leur impose le marché, puisqu'ils doivent « travailler avec beaucoup de prudence étant donné l'actuelle situation dans le monde de l'édition », ce qui les oblige parfois à « faire des choix déchirants ».

Je présume que cette situation prévaut particulièrement au Québec, mais je n'en suis pas sûre. Depuis quelques années, j'observe que les sociétés occidentales retournent à je dirais un puritanisme, une pruderie à tout le moins, un peu partout, dans les modes vestimentaires et des objets, dans les propos, dans les idées... On nous propose maintenant des habits et des meubles beiges, des autos... Noir et beige, rien, et rien, et tout propos est scruté à l'aune d'une censure publique si forte que tout le monde préfère se taire.

Alors ce rien, Soliane le saisit dès son jeune âge. « En partant, je me suis inventée », clame-t-elle, puisque, justement, il n'y a rien. Mais c'est surtout par le texte qu'elle s'invente, en totale opposition à pratiquement toutes les notions des sociétés occidentales, toutes ses institutions, les hachant menue peu à peu, cherchant sans relâche la source, l'origine de toute chose, et parvenant au final à l'essence de l'humanité, de son hypocrisie, de son théâtre dans lequel c'est rationnellement qu'elle joue, contrairement à la majorité des humains, guidés surtout par leurs émotions.

De très nombreux thèmes sont abordés dans « Le sentier des monstres », nouveau titre de ce texte qui n'a cessé de mûrir depuis sa rédaction initiale en 2014, et, je dois l'admettre, je ne savais pas vraiment à quel point écrire un roman demandait de travail; après deux réécritures majeures, encore plus de liens se sont tissés, si bien que je ne sais comment le présenter outre le paragraphe qui précède que je viens de pondre et qui me semble faire la job.

Soliane est transsexuelle et, sans nul doute, ça teinte toute sa vie, mais le transsexualisme n'est absolument pas le propos de « Le sentier des monstres », ni l'autisme dans lequel elle baigne et qui lui confère sa vision très particulière des choses, ni sa bisexualité, ni celle des autres personnages ou leur lesbianisme, rien de tout ça. Rien. Il n'y a rien, et les humains ont inventé leur monde, un monde qui ne se remet pas en question et qui refuse l'entrée à celles qui comme Soliane le font, qui n'acceptent pas la convention sociale que d'emblée respectent la très grande majorité des humains, les neurotypiques.

La course à travers l'Amérique de cette fille d'immigrante, rejetant ses origines en se moulant à la société Québécoise qui l'a vue naître, symbolise ainsi entre autres la quête inassouvie d'identité des francophones d'Amérique, du Québec, dont elle retrouve un cousinage clair avec la langue d'anciens esclaves des Caraïbes qu'elle maîtrise en peu de temps, favorisant la montée en flèche de sa renommée dans cette société. Partout où elle va, Soliane s'adapte parfaitement à son milieu. Pourtant, il lui reste impossible au final de s'intégrer où que ce soit.

« Le sentier des monstres » se veut philosophique, poétique cependant rationnel et scientifique, pacifiste mais féministe radical, revendicateur et anarchiste, queer, gay (et bien d'autres choses) et, si le lecteur peut y pecevoir un profond pessimisme, semblable peut-être à celui qu'on sent en lisant « Éloge de la fuite » de Henri Laborit, ou en écoutant certaines chansons noires de Neil Young, il y trouvera également le plaisir des sens en ce voyage sans compromis ou presque au cœur de l'identité humaine, qui recèle plus de potentiels que de réalisations.

GENRE
Romans et littérature
SORTIE
2017
11 mai
LANGUE
FR
Français
LONGUEUR
320
Pages
ÉDITEUR
Dominique Rock
TAILLE
434.5
Ko