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Descrizione dell’editore

L'expression "modele belge" a tout d'un oxymoron: la Belgique ne se percoit guere et n'est d'ailleurs guere percue comme un "modele," du moins pas au sens ou l'on parle de "modele suedois" a propos du reseau de la sante, ou de "modele finlandais" a propos du systeme d'enseignement. On n'a pas l'habitude de parler ou d'entendre parler de la Belgique comme d'un modele, sauf de facon ironique ou par une sorte de derision si typiquement belge. Les eleves belges apprennent, il est vrai, que Cesar aurait affirme que, de tous les peuples de la Gaule, les Belges etaient les plus braves. Mais des qu'ils sortent de la petite ecole, ils tombent, les malheureux, sur Baudelaire et sa "Pauvre Belgique," qu'il avait aussi songe a intitule: "La grotesque Belgique," "Une Capitale pour rire," "Une capitale de Singes," et j'en passe. Personne ne prend au serieux le pamphlet syphilitique de Baudelaire, mais n'empeche: il y a une tradition anti-belge qui va s'amplifier par la suite, relayee par des grands noms comme Henri Michaux. Forte d'une tradition surrealiste peut-etre unique en Europe, la litterature belge n'a cesse de cultiver ce stigmate et d'ironiser a qui mieux mieux autour du mot "belge." C'est le cas, par exemple, vers 1960, d'une revue irreverencieuse comme Daily-Bu l ou des ecrivains s'en donnent a cceur joie pour rire a la fois de leur pays, de l'esprit petit-bourgeois, et de tout ce qui avait la pretention de se presenter comme un modele. Jean-Pierre Verheggen, trois decennies plus tard, fera de meme dans Les Folies belgeres (1990). Je voudrais tout de meme defendre ici sans ironie ce paradoxe d'un modele litteraire belge qui pourrait etre instructif ailleurs dans la francophonie litteraire et en particulier au Quebec. Posons les choses de facon grossiere: quand je pense a la litterature francophone de Belgique, je vois des noms: Verhaeren, Maeterlinck, Rodenbach, Simenon, Ghelderode, Michaux (oui, malgre lui), pour ne prendre que des auteurs internationalement reconnus; quand je pense a la litterature quebecoise, je vois l'ensemble de cette litterature, je vois la litterature comme entreprise collective plutit que des auteurs singuliers (meme si quelques noms surgissent, comme ceux de Miron ou de Ducharme). La grande vedette de la litterature quebecoise reste la litterature quebecoise elle-meme et non pas tel ou tel auteur. En ce sens, la comparaison avec d'autres litteratures francophones, comme la belge, a quelque chose de trompeur. C'est que la litterature quebecoise existe plus fortement que n'importe quelle autre litterature francophone, et plus encore si on la compare a la litterature belge dont le statut a ete et demeure extremement problematique. Ouvrons par exemple l'Histoire de la litterature belge parue en 2003 chez Fayard. Des la premiere phrase, les auteurs (dont je suis) se sentent tenus de repondre a une question prealable: "Une histoire de la litterature belge est-elle possible?" (7). Une telle question, ajoute-t-on, ne se pose pas pour les litteratures francaise, russe, ou espagnole, car les grandes litteratures, les litteratures majeures, peu importe comment on les appelle, ont forcement une histoire, de sorte que l'historien litteraire n'a pas a justifier son entreprise. Peut-etre la question devrait-elle se poser pour toutes les litteratures, y compris les grandes, etant donne que les frontieres, en matiere d'histoire litteraire, demeurent toujours variables et hautement discutables. Mais l'histoire litteraire, genre plutit consensuel, s'elabore a partir des valeurs et des croyances propres a une societe donnee et neva passe poser des questions qui n'ont guere de sens pour le public auquel elle s'adresse. La Belgique va donc continuer a se demander si une histoire de la litterature belge est possible ou non tandis que la France continuera de ne passe demander si une histoire de la litterature francaise est possible ou non.

GENERE
Storia
PUBBLICATO
2010
22 marzo
LINGUA
EN
Inglese
PAGINE
13
EDITORE
American Council for Quebec Studies
DIMENSIONE
162,7
KB

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